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Très bonne question ! Réponse dans leur déclaration officielle, un texte qui définit leur ligne de conduite parlementaire et où les sénateurs du groupe CRC-SPG expliquent notamment quel rôle ils entendent jouer au sein de la nouvelle majorité sénatoriale.
Avant d’être débattu et voté en séance publique, chaque projet ou proposition de loi est examiné par l’une des six commissions permanentes du Sénat : Lois, Finances, Affaires économiques, Affaires étrangères et Défense, Affaires culturelles, Affaires sociales. Classées par commissions, retrouvez ici les interventions générales, les motions de procédure et les explications de vote des sénateurs du groupe CRC-SPG.

INTERNATIONAL

L’Amérique latine a ouvert la voie de la reconquête de la souveraineté populaire

Institution d’une journée de l’Amérique latine et des Caraïbes en France

Par Marie-Agnès Labarre / 16 février 2011

Monsieur le président, madame la ministre d’État, mes chers collègues, mesdames, messieurs les ambassadeurs, l’institution d’une Journée de l’Amérique latine et des Caraïbes en France nous permettra d’éclairer et de resserrer les liens qui nous unissent avec cette partie du monde.

En effet, les racines de nos deux espaces s’entrecroisent, et particulièrement celles qui résultent de la révolution de 1789. Les sociétés d’Amérique latine sont imprégnées du sens du droit, comme le sont toutes les sociétés romaines de droit écrit.

Notre démocratie et celles de l’Amérique latine s’abreuvent donc à des sources communes, notamment une conception de la citoyenneté comme résultant d’un contrat politique et non aux liens du sang.

À ce parallélisme politique se superpose une dimension culturelle. L’impact de la grande Révolution de 1789 sur les événements d’Amérique latine, c’est non seulement l’influence des idées des Lumières sur les Créoles d’Amérique latine, mais aussi la culture révolutionnaire, qui a conduit nos voisins latino-américains à remettre en cause leur lien avec la royauté.

Nous savons comment cette culture s’est répandue. Le premier texte sur les droits de l’homme est arrivé en Amérique latine dans les mains des Espagnols qui étaient déportés à Caracas. Comme le monde est petit et l’histoire brève, le directeur de la prison, franc-maçon comme les déportés, aida ces derniers à recopier, en espagnol, le premier exemplaire de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, qui sera imprimé en Guadeloupe avant de revenir sur le continent latino-américain.

Avant ces événements, il y avait eu de nombreuses secousses annonciatrices, en particulier la lutte des Républiques noires, notamment en Haïti. Avec Victor Hugues, l’abolition de l’esclavage dans le Nouveau Monde libéra un nombre d’homme et de femmes. D’un courage extraordinaire, ils furent réputés « sulfureux » par la bourgeoisie locale. Ceux que l’on appelait les Negros franceses, les Noirs français, se virent privés du droit d’entrer sur le territoire des Bourbons, car on les soupçonnait d’être « contaminés » par l’idéal révolutionnaire.

Dès lors, les Noirs français sont partis à l’assaut du Venezuela pour y établir ce qu’ils appelaient la loi des Français : la République et l’abolition de l’esclavage.

Souvenons-nous que, ensuite, presque tous les libertadores, Simon Bolivar et d’autres, comme le général vénézuélien Miranda, qui a participé à la guerre de libération et d’indépendance nationale et dont le nom est inscrit sur l’Arc de triomphe à Paris, sont passés par la France.

N’en déplaise aux observateurs qui ne tiennent pas compte de l’influence des courants profonds de l’Histoire, il existe bien une relation organique entre le Nouveau Monde et la France, la patrie républicaine originelle issue du choc de 1789, des droits de l’homme et de l’idéal républicain.

Nous devons garder tous ces éléments présents à l’esprit si nous voulons comprendre que les révolutions démocratiques à l’œuvre en Amérique latine depuis la fin des années quatre-vingt-dix nous concernent également.

Cette vague révolutionnaire tire sa force de la conjonction de deux éléments : le rejet d’une politique libérale appliquée au-delà de tout ce qu’on avait pu imaginer et le patriotisme latino-américain, progressiste et anti-impérialiste.

Le parti de gauche se réfère à ces événements pour trois raisons : d’abord, parce qu’il s’agit de révolutions ; ensuite, parce qu’elles sont démocratiques ; enfin, parce qu’elles ont pour principal objectif la reconquête de la souveraineté populaire.

Le déploiement de cette vague révolutionnaire, en particulier à partir du Venezuela, permet de comprendre ce qui va se passer en France, ce qui va se produire aussi naturellement que l’alternance des marées sur nos rives atlantiques.

La révolution citoyenne a d’ores et déjà traversé l’Atlantique : en Islande, d’abord, dont le peuple a décidé à 95 % de rejeter le sauvetage des banques et convoqué une assemblée constituante ; dans le monde arabe, ensuite, où les Tunisiens et les Égyptiens, pour remédier aux problèmes sociaux, commencent par résoudre la question démocratique. Le « Dégage ! » des Tunisiens fait écho au « Qu’ils s’en aillent tous ! » de la révolution argentine.

Chômage, inégalités croissantes, autoritarisme, etc. : les problèmes auxquels sont confrontés les peuples du Maghreb et du Machrek, après les peuples d’Amérique latine, sont les mêmes que ceux que rencontrent nos concitoyens. La contagion de ces mouvements populaires nous concerne donc. Nous nous en réjouissons, car, ici aussi, la lutte contre une oligarchie est à l’ordre du jour.

L’oligarchie qui, en renflouant les banques sans contreparties, en volant deux ans de retraite aux salariés ne cesse de faire payer la crise aux classes populaires et aux classes moyennes, qui bientôt n’en seront plus qu’une.

L’oligarchie qui maintient les jeunes au chômage, les agriculteurs dans la détresse, qui dresse les ouvriers contre les chômeurs, qui fait le tri entre les bons français avec papiers et les autres, dépositaires indésirables de la misère du monde. Celle qui flirte ostensiblement avec les despotes qu’elle a fabriqués tout exprès. Celle, enfin, qui verrouille les médias sans se rendre compte que le monde de l’information libre et spontanée a balayé la nouvelle ORTF.

Oui, les Français parlent aux Français, les Tunisiens aux Tunisiens, les résistants aux résistants par Internet, Facebook, Twitter. Les jeunes ont le mode d’emploi de la liberté, de l’égalité et de la fraternité.

La révolution citoyenne nous revient donc d’Amérique latine. Elle est la bienvenue pour des millions de Français qui souffrent. Comme en Tunisie et en Égypte aujourd’hui, c’est une nouvelle libération pour la France qui s’annonce.

Vous, qui nous gouvernez, réunissez les ingrédients qui bientôt nous permettront de reconquérir par les urnes notre souveraineté populaire face aux décisions antidémocratiques du FMI et de la Commission européenne, qui font payer partout la crise aux pauvres.

Ironie de l’histoire : la révolution de 1789 a été notamment le fruit de la volonté du Parlement de décider de son budget. Grâce à vous et aux « béni-oui-oui » de l’Union européenne, notre Parlement aura bientôt délocalisé son droit de contrôle budgétaire. Quelle régression, quel aveuglement !

Vous qui gouvernez sans les peuples, parfois contre eux, comme lors du référendum de 2005, vous nous faites revenir deux siècles en arrière. Prenez garde que les mêmes causes ne produisent les mêmes effets ! Vous allez bientôt créer une surpopulation au Cap Nègre, notre Charm el-Cheikh hexagonal !

Ainsi, cette proposition de résolution tombe à point nommé. Nous la voterons pour célébrer notre lien avec l’Amérique latine, qui nous a ouvert la voie de la reconquête de la souveraineté populaire.


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Marie-Agnès Labarre
Ancienne sénatrice de l’Essonne

Membre de la commission de la culture, de l’éducation et de la communication

Devenue sénatrice le 8 janvier 2010 (en remplacement de M. Jean-Luc Mélenchon, élu député européen

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