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Très bonne question ! Réponse dans leur déclaration officielle, un texte qui définit leur ligne de conduite parlementaire et où les sénateurs du groupe CRC-SPG expliquent notamment quel rôle ils entendent jouer au sein de la nouvelle majorité sénatoriale.

EDUCATION ET RECHERCHE

La qualité du service public de l’éducation tend à se dégrader sérieusement, malgré l’engagement réel et résolu des personnels de l’Education nationale

Rentrée scolaire

Par Ivan Renar / 26 octobre 2010

Monsieur le ministre, c’est à l’école maternelle et élémentaire que tout commence, mais aussi, trop souvent, que tout finit.

Or, avec une dépense annuelle par élève inférieure de 15 % à la moyenne des pays de l’OCDE, l’école primaire française apparaît de plus en plus fragilisée. À un sous-investissement chronique s’ajoute la réduction des effectifs des enseignants, puisque, à la rentrée prochaine, près de 9 000 postes supplémentaires pourraient à nouveau disparaître.

Monsieur le ministre, la volonté entêtée de ne pas remplacer la moitié des enseignants partant à la retraite, ainsi que la mise en œuvre de la réforme du recrutement des enseignants, n’auraient pas, selon vos déclarations, d’incidence sur le bon fonctionnement des écoles.

La réalité du terrain est tout autre : la qualité du service public de l’éducation tend à se dégrader sérieusement, malgré l’engagement réel et résolu des personnels de l’éducation nationale. La continuité pédagogique se voit ainsi sérieusement remise en cause.

De nombreux brigadistes, souvent néotitulaires et affectés à des remplacements longs, ont appris que, à l’issue des vacances de la Toussaint, ils ne retrouveraient pas leurs postes, ceux-ci devant être occupés par des enseignants stagiaires. Ainsi, pour cette seule année scolaire, les élèves de ces classes connaîtront-ils au minimum trois enseignants, du moins si l’on ne pousse pas ces derniers à la démission !

Face à cette situation, les enseignants, les élus locaux et les parents d’élèves se mobilisent pour exiger le maintien des enseignants en place depuis la rentrée. Il est en effet indispensable pour les élèves de limiter les changements d’équipe pédagogique, surtout pour des classes charnières telles que le cours préparatoire, le CP.

Est-il besoin de souligner à quel point les ruptures de progression pédagogique sont nuisibles à l’apprentissage des enfants ? Que dire également de la situation des lauréats des concours de 2010, à qui l’on confie des classes à double, voire à triple niveau, et dont la formation professionnelle n’aura duré que quelques semaines ?

Monsieur le ministre, alors que les difficultés scolaires apparaissent dès la maternelle et qu’elles ne sont que rarement résorbées par la suite, qu’entendez-vous faire pour remédier au turn over des enseignants du primaire ? Quelles mesures mettrez-vous en œuvre pour consolider la formation des enseignants stagiaires, lesquels ne peuvent se former seuls sur le terrain, au détriment de leurs élèves ?

M. le président. La parole est à M. le ministre.

M. Luc Chatel, ministre. Monsieur le sénateur, depuis 2008, au travers de la réforme du primaire, nous avons voulu mettre l’accent sur les apprentissages fondamentaux au cours de ces années qui, comme vous l’avez rappelé, sont essentielles dans la scolarité.

Nous avons ainsi engagé une réforme des programmes, avec un recentrage sur les enseignements fondamentaux, et institué une aide personnalisée, parce que c’est dès leur plus jeune âge qu’il faut détecter les élèves rencontrant des difficultés. Pour mesurer l’impact de ce soutien individualisé, nous avons mis en place une évaluation, qui est réalisée à deux reprises, en cours élémentaire 1, ou CE1, et en cours moyen 2, ou CM2. Tel est le sens dans lequel nous avons réformé l’école primaire.

Monsieur le sénateur, vous évoquez la question budgétaire. Vous le savez, l’éducation nationale, qui constitue le premier budget de l’État, ne peut pas s’exonérer d’une politique plus globale de respect des contraintes budgétaires, chacun dans cette enceinte les connaît.

Toutefois, nous menons cette politique avec discernement : dans le premier degré, je vous le rappelle, 5 600 professeurs des écoles sont aujourd’hui en sureffectif. Il est donc logique que, l’année prochaine, c’est d’abord en ne renouvelant pas ces postes que nous atteindrons notre objectif de non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux partant à la retraite.

Je le rappelle également, nous avons veillé tout particulièrement, dans le cadre de la mastérisation que j’évoquais voilà un instant, à ce que les professeurs stagiaires du premier degré soient accueillis par des professeurs des écoles expérimentés, en tutorat pendant deux mois, c’est-à-dire en doublon dans une classe jusqu’à la période de la Toussaint, afin qu’ils ne soient pas abandonnés face aux élèves comme je l’ai entendu dire ici ou là. Vous le voyez, monsieur le sénateur, nous prenons en compte ces différentes spécificités.

Nous croyons en l’avenir de l’école primaire. C’est bien pour cela d’ailleurs que, au printemps dernier, j’ai annoncé un plan de lutte contre l’illettrisme, qui sera mis au cœur de l’école primaire. En effet, nous estimons que c’est à cet âge-là que se joue l’apprentissage des fondamentaux, c’est-à-dire des connaissances initiales qui sont indispensables pour la réussite de chaque élève.

M. le président. La parole est à M. Ivan Renar, pour la réplique.

M. Ivan Renar. Monsieur le ministre, je ne peux pas dire que je suis satisfait de votre réponse.

D’une part, je souscris à la recommandation de la Cour des comptes appelant à « accroître la part des financements allouée à l’école primaire, en privilégiant le traitement de la difficulté scolaire ».

En effet, il est désormais indispensable de dépasser les « choix conjoncturels » et les « solutions provisoires », pour reprendre les termes mêmes des membres de l’Inspection générale de l’éducation nationale. Faut-il rappeler que, dans le rapport sur la préparation de la rentrée scolaire 2010, les inspecteurs généraux relevaient que les choix du ministère, notamment sur le plan budgétaire, n’étaient pas à même de « préparer l’avenir » ?

D’autre part, l’investissement dans la formation et, de façon générale, dans la matière grise ne devrait pas être soumis aux restrictions budgétaires. Cette idée est d’ailleurs partagée par les responsables de l’Allemagne et des États-Unis : bien qu’ayant engagé une réduction des dépenses publiques, ils ont décidé d’augmenter significativement leurs budgets consacrés à l’éducation et à la recherche. Je crois qu’ils ont raison et qu’il nous faudrait prendre ce chemin.


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Ivan RENAR
Ancien sénateur du Nord

Vice-Président de la commission de la culture, de l’éducation et de la communication

Devenu sénateur le 2 avril 1985 en remplacement de M. Gérard EHLERS, démissionnaire

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