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Très bonne question ! Réponse dans leur déclaration officielle, un texte qui définit leur ligne de conduite parlementaire et où les sénateurs du groupe CRC-SPG expliquent notamment quel rôle ils entendent jouer au sein de la nouvelle majorité sénatoriale.

SANTE ET PROTECTION SOCIALE

La prévalence de l’obésité est deux fois plus élevée chez les ouvriers que chez les cadres

Recherche en matière d’obésité

Par Annie David / 25 mai 2011

Madame la présidente, madame la ministre, mes chers collègues, le rapport de notre collègue Brigitte Bout, réalisé dans le cadre de l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques, concernant l’obésité est très instructif et riche de propositions. Il nous interroge sur ce que les scientifiques considèrent être la première épidémie non infectieuse. Entre 1997 et 2009, la proportion de personnes en situation d’obésité a presque doublé en France, au point que 14,5 % de la population de notre pays est considérée comme obèse. Elle devrait atteindre 20 % à l’horizon 2020.

Il s’agit donc là d’un véritable enjeu de santé publique dans la mesure où l’obésité entraîne l’apparition de maladies importantes pouvant conduire à une morbidité précoce.

On soulignera par exemple que 80 % des personnes atteintes de diabète de type 2 sont en surpoids et que 23 % des infarctus du myocarde peuvent être imputés au surpoids et à l’obésité.

Toutefois, circonscrire les conséquences de l’obésité à un aspect seulement médical, c’est oublier qu’elle emporte également des conséquences d’un point de vue social et financier. L’obésité a des conséquences sociales, car les images stéréotypées du corps idéal, les pressions sociales et commerciales pèsent sur les personnes en surpoids et nuisent à leur épanouissement personnel. Elle a également des conséquences économiques, dans la mesure où les dépenses de santé liées à l’obésité atteignaient en France 3,3 milliards d’euros en 2002. Les chiffres ont dû augmenter depuis. On estime ainsi que, dans les pays industrialisés, les dépenses de santé liées à la lutte contre l’obésité ou à ses conséquences représentent jusqu’à 7 % des dépenses totales.

Malgré ces informations, que personne ne conteste, force est de constater que l’obésité progresse et que les recommandations formulées par les scientifiques, comme par les politiques, n’ont pas été suivies d’actes.

On sait pourtant aujourd’hui, vous l’avez souligné, madame Bout, que les causes de l’obésité sont diverses et complémentaires. On doit dès lors parler d’obésités au pluriel.

D’une manière schématique, on peut considérer qu’il existe trois grandes familles d’obésité.

Il y a tout d’abord l’obésité liée à des facteurs génétiques. Certains gènes, peu nombreux, ont un effet important sur la corpulence, le pourcentage ou la distribution régionale de la masse grasse.

Il y a ensuite l’obésité liée à des facteurs endocrinologiques, tels que les dérèglements hormonaux, ce qui devrait conduire à favoriser la recherche – laquelle avance bien dans notre pays, comme vous l’avez indiqué, madame Bout –, en particulier celle qui porte sur certaines familles de médicaments.

Il y a, enfin, l’obésité liée aux facteurs environnementaux et sociaux, sur laquelle je m’attarderai.

Même si les liens entre précarité et obésité sont complexes, ils sont indéniables. On sait, c’est rappelé dans le rapport, que « la prévalence de l’obésité est deux fois plus élevée parmi les ouvriers que parmi les cadres supérieurs ». Cela résulte naturellement du fait que, dans les foyers les plus pauvres, la part des ressources consacrée à l’alimentation sert souvent à acheter des produits de premier prix et de première nécessité, la diversité étant un luxe que de nombreuses familles ne peuvent s’offrir. Dans ce contexte, le « panier essentiel » proposé par le Gouvernement, mais dont la composition est laissée à la discrétion des enseignes, ressemble plus à un gadget qu’à une réponse efficace et appropriée. Quant au slogan « manger cinq fruits et légumes par jour », il s’apparente plus à une provocation qu’à un véritable outil de communication.

En réalité, ce « panier essentiel » garantit aux grandes enseignes le bénéfice d’un label et permet d’éviter deux débats capitaux : celui sur la flambée des prix alimentaires et celui sur l’explosion de la précarité. Or seule une politique globale de lutte contre la pauvreté permettra de réduire les cas d’obésité liés aux déterminants sociaux, comme vous l’avez rappelé, madame Bout.

La grande distribution profite donc allègrement de cette opération, dénoncée par l’association UFC-Que Choisir : « Alors que les consommateurs ne bénéficient toujours pas de la baisse – depuis plusieurs années – des prix des matières premières agricoles, […] que l’amélioration de la qualité nutritionnelle des produits transformés reste un vœu pieux, comment admettre qu’on nous serve un dispositif aussi peu ambitieux ? »

Par ailleurs, on sait que l’industrie agroalimentaire, par le biais des plats préparés qu’elle propose, lesquels sont trop gras et trop sucrés, participe à l’augmentation du phénomène dit de « malbouffe ». Cela n’est pas étranger à la dégradation des rythmes et de l’organisation du travail. Il est pour le moins contradictoire d’attendre des parents qu’ils jouent pleinement leur rôle en matière d’éducation à l’équilibre alimentaire et de préparation des repas alors que, dans le même temps, on organise la dégradation de leurs conditions de travail, en imposant par exemple le travail le dimanche, les temps partiels ou encore les horaires décalés !

Il serait en outre souhaitable que, dans un futur proche, l’utilisation de l’huile de palme soit interdite, compte tenu de ses incidences négatives sur la santé comme sur l’environnement.

Aussi souscrivons-nous à la proposition de rendre obligatoire sur la face avant du produit les informations nutritionnelles le concernant, tout comme nous souhaitons que notre législation nationale soit plus rigoureuse afin que les industriels apportent auprès de l’AFSSA, l’Agence française de sécurité sanitaire des aliments, la preuve du caractère allégé de leurs produits ou des effets positifs de ceux-ci sur l’organisme.

Tout comme vous, madame Bout, nous considérons qu’il est impératif de protéger le jeune public du matraquage marketing dont il est victime de la part des industries agroalimentaires. L’UFC-Que Choisir nous alertait voilà déjà six ans. Selon une étude réalisée alors, 89 % des 217 spots alimentaires visant les enfants relevés pendant quinze jours sur les plus grandes chaînes de télévision à l’heure des émissions enfantines concernaient des produits très sucrés ou gras.

Nous avons d’ailleurs, sur l’initiative de ma collègue Evelyne Didier, déposé une proposition de loi relative à la protection des enfants et des adolescents face aux effets de la publicité télévisuelle, dans laquelle nous dénonçons notamment le fait que cette pression publicitaire peut avoir des effets directs sur la santé physique des enfants, au premier rang desquels l’obésité.

Enfin, comment éluder le rôle que devrait jouer la prévention ? L’école au sens large devrait être le lieu pivot de la mise en œuvre des différentes politiques de prévention de l’obésité. Alors que 6 millions d’enfants fréquentent les cantines, il est de notre responsabilité de faire en sorte que les menus y soient d’une meilleure qualité nutritionnelle et plus équilibrés. N’oublions pas que le repas pris dans le cadre scolaire est souvent le seul qui réponde aux préconisations de la Haute Autorité de santé, mais aussi le seul que prennent bon nombre de jeunes. Pour autant, beaucoup d’efforts restent à faire.

C’est pourquoi nous faisons nôtre la proposition de Christophe Hébert, président de l’Association nationale des directeurs de restauration municipale, l’ANDRM, qui déclarait en 2007 : « À l’école, on doit apprendre à manger comme on apprend à lire. » Malheureusement, nous partageons également son constat : « Il existe un manque d’interventions de professionnels dans le milieu scolaire. Le point essentiel, c’est le taux d’encadrement, la présence de personnels formés en cantine aux côtés des enfants. »

C’est dans ce sens que j’avais interrogé le Gouvernement en 2008 sur l’évolution de la « Semaine du goût » dans les établissements scolaires. J’avais insisté sur la nécessité de la faire évoluer afin d’y ajouter la notion d’équilibre alimentaire. L’une de vos missions, madame la ministre, ou en tout cas une des missions du ministère de la santé, dans le cadre du programme national nutrition santé, est bien la promotion d’une bonne nutrition.

Il faut aller bien au-delà et renforcer également la médecine scolaire, spécialement dédiée aux enfants, aux adolescents et au cadre éducatif. Il faut pour cela renoncer aux suppressions de postes qui sont actuellement pratiquées, au point qu’on ne dénombre plus aujourd’hui que 1 200 médecins pour 12 millions d’élèves.

Vous le voyez, mes chers collègues, la lutte contre l’obésité ne peut pas reposer sur la seule bonne volonté. Elle nécessite la mobilisation de moyens humains et financiers, lesquels font défaut, du fait de la révision générale des politiques publiques et de la politique actuelle que mène le Gouvernement.

Pour que l’obésité soit enfin considérée comme un enjeu de santé publique, quelles mesures êtes-vous prête à mettre en œuvre, madame la ministre ?


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Annie DAVID
Sénatrice de l’Isère

Présidente de la commission des affaires sociales

Membre de la Commission des Affaires européennes

Elue le 23 septembre 2001

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