Ces enfants qui apprennent à leurs parents à sauver la planète

Ils sont tous nés au 21e siècle et ont vu grand à un très jeune âge. Ces « écologistes locaux » n’ont pas attendu que les parents agissent. Avec quoi nous bluffent-ils !

« J’ai blessé ma Terre », « Planet B is not » (Planet B is not), « Nous n’avons pas 20 ans et nous n’en aurons jamais 60″… Des slogans pas très optimistes, mais rien de décevant. Lors des marches pour le climat, les jeunes sont déterminés et beaucoup ne s’attendent pas à atteindre l’âge adulte pour aborder les questions brûlantes du changement climatique et de la pollution mondiale. Tous ceux qui sont nés après l’an 2000 « sont tombés dedans », comme on dit. « On a appris depuis l’école primaire », se souvient Mandarine, 17 ans. Dans les salles de classe où nous travaillions, il y avait des affiches sur le mur qui disaient : « La planète se réchauffe ». Je me souviens particulièrement d’une chose : « Il y a un huitième continent, plastique qui lui est propre. » Ils parlent de nous comme des « natifs du numérique », mais nous sommes plutôt un « écologiste indigène », estime-t-il.

L’après-crise sanitaire

L’après-crise sanitaire

Il y a un an, Mandarine a rejoint le Mouvement des jeunes citoyens pour le climat, initié par l’activiste Greta Thunberg, dont les membres ont moins de 17 ans. « A Grenoble, où j’habite, on fait la ‘vélorution' », explique-t-il. Verser de l’eau sur le feu illustre l’idée que chacun doit jouer son rôle, aussi modeste soit-il, mais cela va encore plus loin : pour ces jeunes, protéger l’environnement et la biodiversité incluent le climat et la justice sociale. Ils veulent inventer un nouvel ordre et la pandémie n’a fait que grossir leurs rangs.

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Selon l’enquête Millennial Survey de Deloitte en 2020, les trois quarts des 12-25 ans déclarent que la crise sanitaire a accru leur conscience environnementale. Ils affirment utiliser désormais les transports en commun, les recycler, déraciner le réflexe ‘acheter, jeter’ et faire sortir le tissu du tissu. Quittez la génération Kleenex et la surconsommation. C’était avant. Avant Greta Thunberg, ainsi que Cyril Dion, déjà connu de tous ces « écolos indigènes » dans ses films Demain (2015) et Animal (2021), ce documentaire sur des adolescents qui grandissent avec l’idée que le monde risque de devenir inhabitable quand ils ont cinquante ans. Et ils peuvent vous avertir que rien ne change vraiment.

Le monde à l’endroit

Le monde à l'endroit

Toute une génération veut entendre derrière eux. Certains, comme Mandarine, appliquent leurs convictions à l’ère numérique avec des signaux forts : « Je n’ai pas de compte Insta et je ne vais jamais sur les réseaux sociaux qui génèrent trop de déchets numériques et consomment de l’énergie », dit-il. D’autres abandonnent le look qu’ils comparaient autrefois aux baskets de marque des diplômés du secondaire. Ils ne rêvent plus de vêtements de créateurs ou de vêtements d’occasion. « Pour son 11e anniversaire, j’ai offert à mon fils Noah un t-shirt de grande marque », explique Sophia. Elle avait les larmes aux yeux quand elle a ouvert le paquet : « Mais, maman, je t’ai dit que je ne voulais plus le porter ! » Je devais sincèrement m’excuser de ne pas l’avoir entendu. Moi, à son âge, je désespérais de porter les vêtements de ma sœur aînée. Je pensais le rendre heureux. Les parents se retrouvent parfois à la traîne. « Le monde est à l’envers », s’étonne Sophia, qui a désormais conquis les antiquaires. En effet, « c’est complètement nouveau, on assiste à un apprentissage ‘descendant’ des enfants aux parents », explique la psychologue Jeanne Siaud-Facchin. Et si ces jeunes mettaient enfin de l’ordre dans le monde ?

« Nous assistons à l’apprentissage descendant qui vient des enfants aux parents. »

La poussée de la génération alpha

La poussée de la génération alpha

Laura-Jane Gautier*, instagrammeuse et auteure écolo, impressionne auprès d’une génération «souvent élevée par des parents choyés ébranlés par la psychologie positive. Désormais, ce sont leurs enfants qui reconstruisent leurs frontières et se montrent acharnés dans la ville, tant dans la sphère privée que sociale », estime-t-il. Même analyse de Jeanne Siaud-Facchini : « Je les vois consulter, à la fois jeunes et déjà responsables. Ils ont une intelligence collective et deviennent des professionnels du vivre ensemble. La génération Alpha arrive (enfants nés après 2010). « Par exemple, Mila, qui a 7 ans et demi, a créé un club familial respectueux de l’environnement », raconte sa mère. Il a apposé des pancartes dans les chambres « Ne gaspillons pas l’eau », « Protégeons la planète » et nous a distribué à tous des cartes de membre. Si nous ne trions pas correctement nos déchets, cela nous enlèvera notre carte ! On ne plaisante pas avec un « écologiste natif » à la maison ! « Je n’ai pas le droit à l’erreur », relève Isabelle qui, pour sa part, s’est préoccupée d’apprendre les tenants et les aboutissants du tri. Annie, 65 ans, se dit émerveillée par sa petite-fille de 11 ans, qui lui donne des conférences : « Mais, grand-mère, ferme le robinet ! Pourquoi utilisez-vous encore du gel douche ? Il y a trop de plastique dans votre maison. « Elle ramasse les ordures par terre, s’assure que je ne jette rien qu’elle puisse réutiliser, refuse de prendre un bain ou de verser un grand verre d’eau… C’est un peu exagéré, mais j’admire ça ! » Et j’avoue que ça m’a bien motivé. »

L’action d’abord

L’action d'abord

Ces très jeunes militants respectent souvent leurs parents, qu’ils parviennent à convertir. C’est aussi le constat de Jessica, qui est surprise par sa fille de 10 ans. « Je ne dirais pas qu’il est un exemple pour nous parce que nous sommes très connectés, nous n’avons plus de voiture et nous ne prenons jamais l’avion. « Ça ne nous dérangeait pas, parce qu’elle a raison ! », beaucoup plus fort et plus déterminé que nous.Quand je les vois, je me dis qu’il y a de l’espoir.Mais c’est un peu dommage qu’Amanda n’ait pas demandé de gadgets, de vêtements depuis qu’elle est petite… Elle limite ses envies au maximum.La petite fille n’y voit pas de problème « On ne veut plus de ta migraine », on n’a pas le temps, il faut agir. »

Mais par défaut, n’est-il pas trop inquiet ? Selon un récent sondage**, 60% des jeunes de 16-25 ans sont des « écologistes anxieux » et les plus jeunes ne font pas exception, selon Jeanne Siaud-Facchin, qui leur donne les conseils suivants : « Rédigez votre manifeste »,  » Adhérer à une association », « Lancer le déplacement dans votre classe ‘Tegev’ L’action est le meilleur outil contre l’anxiété », dit-il, et beaucoup l’ont bien compris et« prennent parfaitement soin d’eux-mêmes, alors qu’ils prennent soin de … eux-mêmes et notre avenir.

* Came or Nothing : A Portrait of a Devoted Generation, par Laura-Jane Gautier et Florent Manelli, préface de Rokhaya Diallo, Mango Society. ** The Lancet Planetary Health, septembre 2021.

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