Jean-Louis Trintignant en chemise à la plage (et chez Dino Risi)

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Written By Charlotte Sander

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C’est l’été, et nous sommes à Rome, en plein milieu du 15 août, c’est-à-dire lorsque les fêtes dites de Ferragosto battent leur plein, et cela se traduit dans la capitale italienne par une désertion du centre-ville et par une fermeture absolument complète de tous commerces, pharmacies ou enseignes et notamment ceux vendant des cigarettes…

C’est dans ce contexte qu’est la rencontre improbable de deux êtres et de deux corps que tout se joue l’un contre l’autre. L’un est grand, il a les épaules et les mâchoires carrées, il parle beaucoup et très vite. Il conduit un cabriolet qui identifie les aficionados comme le modèle Lancia Aurelia B24, qui sonne excitant de cette manière subtile.

Le son de la Lancia Horn de Vittorio Gassman

L’acteur italien qui prête ses traits à l’automobiliste un peu arrogant n’est autre que le grand Vittorio Gassman.

Le deuxième personnage est de taille moyenne, ses épaules sont légèrement inclinées. Privé, il parle peu et très doucement. Il étudie le droit dans sa chambre, et semble touché par ce mal perpétuel, dont la fiction parle finalement bien trop peu : la Honte. C’est l’immense Jean-Louis Trintignant, en son temps de grâce italienne.

Gassman essaie d’acheter un téléphone et des cigarettes. Ferragosto lourd et plein. Voilà l’ultime prétexte à une rencontre entre les deux amis – et le scénario minimal – de l’extraordinaire film d’été de Dino Risi, sorti en 1962 sous le titre Le Fanfaron. En italien Il Sorpasso, c’est à dire celui qui prend le relais en voiture. Le duo Gassmann-Trintignant a ainsi parcouru les rues de l’Italie des années 1960, ses marinas, ses paysages, ses villas, ses trattorias, ses soirées… et vers la fin du film, pour la séquence qui nous a intéressé : sa des plages.

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Comme dans un documentaire, la caméra de Dino Risi capte des gros plans de corps vêtus de maillots de bain, qu’on imagine colorés, même si le noir et blanc du film ne permet pas de le voir. Là, sous l’égide d’une sorte de paillote – club de jour en bord de mer, plusieurs générations d’hommes et de femmes. Le petit public danse dehors, un peu languissant et croquant, comme on danse dans la vie, sur des twists italiens très à la mode à l’époque. Par exemple, sur ce titre, que l’on écoute : « Don’t play it no more » du célèbre chanteur italien Peppino di Capri.

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Au milieu de cette masse de corps dansants documentaires, le génie de Dino Risi tourne l’acteur Jean-Louis Trintignant. On le voit ne sachant où s’asseoir, son regard perdu suspendu à droite et à gauche. Et son visage, tantôt acéré et tantôt innocent, est tout simplement sublime. Il tente d’entrer dans une cabine téléphonique pour appeler sa voisine romaine, dont il tombe amoureux. Mais ce dernier manque.

Il y a un détail crucial à noter : contrairement à ses collègues joueurs, Jean-Louis Trintignant n’a pas de maillot de bain, de chemise ou de polo sur la plage. Par timidité, il a gardé sa chemise et son pantalon, son costume d’étudiant en droit, qu’il portait depuis le début de l’histoire. Le fanfaron touche à sa fin, et on voit une dernière fois que Jean-Louis Trintignant invente sous nos yeux une manière de se tenir dans le monde, avec clarté et élégance, même au bord d’une falaise abrupte. .