Les vendeurs de trottinettes électriques respectent-ils la réglementation ? Nous avons recherché à Toulon

« Avez-vous mal quelque part ? Ne vous inquiétez pas, nous allons appeler les pompiers. A quelques mètres de la rédaction du Var-matin à Toulon, boulevard de Strasbourg, nous croisons un homme en état de choc, allongé sur le trottoir à côté de sa trottinette électrique.

Publié le 12/07/2022 à 07:10, mis à jour le 11/07/2022 à 21:28

Sa cheville est enflée, ses orteils sont déchirés. « J’ai voulu éviter une voiture et je suis tombé tout seul », marmonne Mamadou, un agent de sécurité de 36 ans qui portait un casque et des tongs. Avant l’intervention des pompiers, il nous assure que son engin, acheté quelques jours plus tôt, ne freinait pas au-dessus des 25 km/h autorisés. « J’aurais pu, mais j’avais trop peur d’être contrôlé et d’avoir encore plus d’accident, nous a-t-il dit trois jours après le début d’une opération. Cela aurait pu être pire. » C’est ainsi que notre enquête sur le dessous des trottinettes électriques a commencé.

Dans la foulée, nous nous rendons chez certains vendeurs de la région avec la fausse intention d’acheter ce type d’appareil de transport personnel (EDP). Lentille? Découvrez s’ils respectent à la lettre ceux en vigueur ou s’ils les contournent en proposant des versions débridées pouvant aller jusqu’à 80 km/h. Nous prétendons vivre à proximité du Mont Faron, d’où le besoin d’électricité. Plus maintenant. Au Decathlon comme à Intersport, le dicton est le même : « On ne sortira pas de trottinettes ici. »

En revanche, la première boutique indépendante nous oriente vers les deux-roues bimoteurs. Les étiquettes indiquent la tension, l’ampérage, la puissance et le prix, à partir de 2 300 euros. Pas de détails sur la vitesse. On l’obtient verbalement : « Entre 50 et 60 km/h, selon votre poids. Et vous pouvez encore gagner 10 km/h si on le relâche complètement. C’est gratuit. »

Une télécommande anti-police

Une télécommande anti-police

Les questions juridiques sont discutées. « Vous êtes policier ou pas ?, nous dit-on. Personne n’achète un tel scooter à 25 km/h. Avant de s’offrir un moyen de « tricher sans se faire prendre » : un boitier fixé au châssis, relié à une télécommande qui permet de masquer le « débridage » de notre trottinette en cas de contrôle. A condition « d’appuyer sur un bouton ou d’éteindre puis de rallumer » notre nouveau moyen de transport. « Voilà tu es calme, calme notre interlocuteur. Fais juste attention à ne pas rouler à 70 km/h comme un con en ville. Ensuite c’est comme faire du scooter, il faut avancer. » La box est en plus vendue mais installée dans le magasin.

Même approche avec une deuxième marque. Et le même résultat, pour un modèle moitié prix, qui permet tout de même de « grimper au sommet du Faron ». Étonnante. Le vendeur, à voix basse : « Pour un débridage, ça me prend 60 secondes chrono. J’enlève quatre vis au niveau du guidon, je change un potard et je referme. » Qu’en est-il de la sécurité ? Zéro souci apparemment. « Avec deux jeux de freins à tambour plus le frein électrique, il est conçu pour tenir la route », assure notre interlocuteur d’une vingtaine d’années.

Un essai sur route 42km/h

Un essai sur route 42km/h

Cela va si loin que l’on essaie son propre scooter, un modèle identique. Sans casque ni protection pour notre premier essai improvisé en pleine route. « Il y a trois modes, nous dit-on. Le mode 1 monte à 20km/h. Le mode 2 à 40km/h et le mode 3… » Notre compteur affiche jusqu’à 42km/h, sans pleins gaz par crainte d’un automne. « Pour avoir des problèmes avec la police, il faut être flashé ou pris au radar à plus de 25 km/h, argumente notre successeur de la roue (roue arrière). Sinon, ils ne peuvent rien contre vous. Moi, ils ont déjà lâcher prise. »

On s’interroge sur le nombre d’accidents. « Je n’en avais qu’un, répond le dernier en souriant et une légère cicatrice sur le bras. La nuit, un homme alcoolique m’a donné la priorité aux grillades avec sa voiture. J’ai jeté le scooter d’un côté et je suis parti de l’autre. J’étais à 40km/h. Heureusement, j’avais un casque et des gants. »

Nouvelle tentative dans un troisième magasin, musique salsa en fond sonore. Sur les étiquettes des scooters à moins de 1 000 euros, la majoration est de 25 km/h. Sur les plus chères on roule à 55km/h et même 80km/h. Dans ce cas, on l’appelle « voie privée », ce qui est également écrit sur la facture d’achat. « J’ai le droit de vous le vendre sans retenue, s’il n’est pas sur la voie publique, nous dit-on. Et cela pour le même prix. La police nationale est déjà venue nous contrôler. Si nous ne l’étions pas. nous avions été condamnés à 30 000 euros d’amende, nous n’aurions pas pris le risque. »

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